Le PER (Plan d'épargne retraite) poursuit sa montée en puissance avec une croissance des encours de près de 20 % sur un an. Le ministère de l’Économie confirme son rôle croissant dans le financement de l’économie.
Une dynamique de collecte soutenue
Au troisième trimestre 2025, le PER comptait 12,7 millions de titulaires pour un encours total de 141,1 milliards d’euros, en progression de près de 20 % sur un an.
Les PER individuels représentent 82,4 milliards d’euros, les PER d’entreprise collectifs 31,7 milliards et les PER obligatoires 27,1 milliards.
Selon France Assureurs, les versements ont progressé de 16 % en 2025, à 20,2 milliards d’euros. Le succès du produit repose sur l’inquiétude persistante des Français quant à leur niveau de vie à la retraite (72 % des non-retraités estiment les pensions insuffisantes, selon le Cercle de l’Épargne), le mécanisme de déduction fiscale à l’entrée et des rendements compétitifs.
Un instrument au service du financement de l’économie
Au-delà de sa dimension individuelle, le PER joue un rôle croissant dans le financement de l’économie productive. Plus de 80 % des actifs sont investis en France et dans l’Union européenne. Plus de 60 % des encours participent au financement des entreprises en fonds propres et en dette privée, dont plus de 5 milliards d’euros orientés vers des actifs non cotés. La gestion pilotée par défaut favorise une allocation progressive vers les actifs dynamiques durant la phase d’épargne, avant une sécurisation à l’approche de la retraite.
Prochaine étape : diffusion dans les PME et accessibilité élargie
Le ministère de l’Économie anticipe la poursuite du développement du PER en 2026, notamment pour contribuer aux objectifs du rapport Draghi en matière de financement de l’économie européenne. La prochaine étape réside dans une diffusion accrue au sein des PME, à travers le PER collectif, et dans un élargissement de l’accès aux ménages modestes. Le PER s’impose désormais comme un instrument structurant de l’épargne longue, au croisement des enjeux démographiques, patrimoniaux et économiques.
Pour les conseillers en gestion de patrimoine, il constitue un outil incontournable de la planification de la retraite de leurs clients. Le Plan d’épargne retraite est souvent présenté comme un produit unique. Dans la réalité, il est surtout une architecture : même cadre fiscal, mais contrats très différents selon les assureurs, les distributeurs, les frais et l’offre financière. Un baromètre France Assureurs / Cercle de l’Épargne met en lumière des écarts de performances marqués sur la gestion pilotée, qui reste le mode de gestion dominant pour le grand public.
Une gestion pilotée majoritaire… et très inégale
En 2024, l’association France Assureurs publie un baromètre des performances des PER : la dispersion est frappante. Sur la gestion pilotée, le meilleur contrat affiche +15,32 % en profil dynamique, quand le moins performant se limite à +10,09 %. Même logique sur le profil équilibré (+11,42 % contre +7,42 %) et sur le profil prudent (+7,38 % contre +3,10 %). Ces écarts s’expliquent par la sélection des supports, la qualité des allocations et, bien sûr, les frais qui grignotent la performance dans la durée.
Le PER se présente donc moins comme un produit que comme un « portefeuille emballé ». Deux contrats portant le même nom réglementaire peuvent proposer des univers d’investissement radicalement différents : plus ou moins d’actions, des fonds plus ou moins diversifiés, des frais plus ou moins visibles, et des règles de pilotage plus ou moins adaptées. Pour le conseiller, l’enjeu est de regarder sous le capot : composition des profils, degré de diversification, exposition actions, méthodes de sécurisation progressive et discipline de rééquilibrage.
Pourquoi les écarts de performance comptent plus qu’on ne le pense
Sur un placement retraite, la performance n’est pas un « bonus ». Elle conditionne le capital final, parce que la durée joue à plein : une différence annuelle de quelques points, répétée pendant des années, peut changer l’ordre de grandeur du résultat. La tentation est de privilégier uniquement l’avantage fiscal ; mais un contrat peu compétitif peut, sur la durée, neutraliser une partie du gain initial. Le PER n’échappe donc pas à la règle des enveloppes : l’enveloppe est importante, mais l’allocation et les frais font la différence.
La fiscalité ne compense pas tout
Le PER conserve un levier puissant : la déductibilité des versements volontaires, qui dépend du taux marginal d’imposition. Ce mécanisme peut améliorer la capacité d’épargne, puisqu’une partie de l’effort est « cofinancée » par la réduction d’impôt. Mais la fiscalité n’efface pas une performance inférieure de plusieurs points si elle se répète pendant des années. La décision doit donc articuler deux paramètres : le gain fiscal immédiat et la qualité de la gestion sur la durée. Un bon PER n’est pas seulement celui qui « défiscalise » : c’est celui qui convertit l’effort d’épargne en capital avec le bon niveau de risque.
Au-delà de la performance, le PER pose une question de sortie : capital, rente, ou combinaison. La réponse dépend du besoin de revenus réguliers à la retraite, de la situation familiale et de la volonté de conserver de la flexibilité. Ce point n’est pas un détail : il influence la façon de piloter le risque et la part à consacrer au PER dans l’ensemble du patrimoine.
Bien choisir : une méthode simple, mais exigeante
Le baromètre invite à une méthode de sélection. Première étape : comparer les frais (versement, gestion, arbitrage) et vérifier leur lisibilité. Sur un horizon long, ce sont souvent les frais récurrents qui pèsent le plus. Deuxième étape : analyser l’architecture financière. Un PER qui donne accès à une gamme diversifiée de supports (avec, le cas échéant, la possibilité d’ETF), et qui permet de passer en gestion libre, offre plus de leviers d’adaptation. Troisième étape : évaluer la gestion pilotée elle-même : comment sont construits les profils, quel est le niveau de risque réel, comment évolue l’allocation avec l’âge.
Enfin, le PER ne doit pas être pensé isolément. Dans une logique patrimoniale, il s’articule avec l’assurance-vie (liquidité et transmission), le PEA (actions), l’immobilier, et surtout l’épargne salariale quand elle existe. Le message de 2026 est clair : le PER n’est pas un produit standard. C’est un outil ; et comme tout outil, il ne vaut que par la manière dont on le choisit, dont on l’alimente et dont on le pilote.